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Protection des données & LPD

Que signifie vraiment «profil anonymisé» ?

30 avril 2026 8 min de lecture
Baie de serveurs dans un centre de données
Image : NOIRLab/NSF/AURA/T. Slovinský · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons
Une plateforme affirme : «Nous ne transmettons aux annonceurs que des données anonymisées.» Ça semble rassurant. Mais que se cache-t-il vraiment derrière le mot «anonymisé» ? Et à partir de quand n’est-ce qu’une étiquette marketing posée sur quelque chose qui n’est en réalité pas anonyme ? Cet article clarifie la différence — et te donne les outils pour poser les bonnes questions.
En bref
  • La pseudonymisation ne dissimule ton identité qu’en surface — elle peut être rétablie avec des connaissances supplémentaires.
  • Le k-anonymat signifie que chaque enregistrement est indiscernable d’au moins (k-1) autres enregistrements.
  • Les recherches de Latanya Sweeney (Harvard), puis de de Montjoye (Imperial College), ont montré à plusieurs reprises que 80 % à 87 % d’une population peuvent être identifiés de manière univoque à partir de seulement trois quasi-identifiants — code postal, date de naissance, sexe.
Sommaire
  1. Anonymisation vs pseudonymisation
  2. Le k-anonymat et la l-diversité expliqués simplement
  3. Risque de réidentification : pourquoi 3 points de données suffisent
  4. Exemples pratiques du marché suisse
  5. Ce que tu devrais demander à une plateforme
  6. Comment nous procédons chez Videte

1. Anonymisation vs pseudonymisation — la différence essentielle

Réponse directe
La pseudonymisation ne dissimule ton identité qu’en surface — elle peut être rétablie avec des connaissances supplémentaires. L’anonymisation, elle, est une coupure nette : ton identité ne peut plus être déterminée, même en y mettant les moyens.
Pseudonymisation Réversible
Ce qui se passe : Nom → identifiant (p. ex. user_4f3a9e7c)
Clé : oui, conservée séparément
Lien rétablissable : oui, avec accès à la clé
Protection LPD : oui, car il s’agit toujours de données personnelles
Exemple : «L’utilisateur 4f3a9e7c a visionné 12 publicités aujourd’hui.»
Anonymisation Irréversible
Ce qui se passe : Agrégation, k-anonymat, bruit statistique
Clé : non, supprimée ou jamais existante
Lien rétablissable : non, même en y mettant les moyens
Protection LPD : non — ce ne sont plus des données personnelles
Exemple : «743 utilisateurs de Zurich, 25-34 ans, ont visionné cette vidéo publicitaire.»
Important en pratique : Si la plateforme affirme que tes données sont «anonymisées», mais qu’elle peut malgré tout, sur demande, afficher tes visionnages publicitaires, il ne s’agissait que de pseudonymisation. Des données véritablement anonymisées ne peuvent plus être retracées — pas même par la plateforme elle-même.

Source : LPD art. 5 (Définitions), Indications du PFPDT sur l’anonymisation.

2. Le k-anonymat et la l-diversité — les concepts essentiels

Réponse directe
Le k-anonymat signifie que chaque enregistrement est indiscernable d’au moins (k-1) autres enregistrements. Tu fais donc partie d’un groupe dans lequel plusieurs personnes partagent des caractéristiques visibles identiques.

Le k-anonymat en pratique

Imagine un tableau avec les colonnes sexe, âge, code postal, profil de clics publicitaires. Avec k=10, il faut trouver au moins 10 personnes qui correspondent exactement dans les trois premières colonnes. Ainsi, un tiers externe ne peut pas déterminer quelles données de clics appartiennent à quelle personne.

Valeurs concrètes :

  • k=2 : seulement 2 personnes par groupe — quasiment jamais sûr en pratique
  • k=10 : standard minimal courant
  • k=50 : robuste pour des statistiques rendues publiques
  • k=100+ : lorsque des attributs sensibles sont également en jeu

La l-diversité en complément

Le k-anonymat seul ne suffit pas si les 10 personnes d’un groupe partagent le même attribut sensible (p. ex. toutes ont la même maladie). On peut alors déduire l’attribut sans avoir besoin d’identifier la personne. La l-diversité exige que chaque groupe k contienne au moins l valeurs sensibles différentes.

La confidentialité différentielle (differential privacy) — l’approche mathématique

La confidentialité différentielle est la méthode la plus stricte. Elle ajoute un bruit statistique aux analyses, de sorte que le résultat ne change pratiquement pas, que tes données soient incluses ou non. Apple, Google et l’US Census Bureau utilisent cette approche pour leurs statistiques publiques.

3. Risque de réidentification — pourquoi trois points de données suffisent souvent

Réponse directe
Les recherches de Latanya Sweeney (Harvard), puis de de Montjoye (Imperial College), ont montré à plusieurs reprises que 80 % à 87 % d’une population peuvent être identifiés de manière univoque à partir de seulement trois quasi-identifiants — code postal, date de naissance, sexe.

Pour toi, cela signifie : si une plateforme affirme «nous ne transmettons que ton code postal, ton âge et ton sexe, sans nom» — il s’agit techniquement toujours de données personnelles. La réidentification est souvent triviale avec une deuxième source de données (annuaire téléphonique, registre électoral, réseaux sociaux).

Contexte suisse

La Suisse compte 2'132 communes et près de 8.9 millions d’habitants. Une personne domiciliée dans le canton de Glaris, née en 1957, de sexe féminin, est déjà souvent unique ou presque unique — car la population de chaque sous-catégorie est réduite. Pour un profil «anonymisé» robuste sur le marché suisse, il faut agréger les codes postaux au niveau cantonal ou utiliser des tranches d’âge plus larges.

Règle empirique : Plus une caractéristique est rare dans la population totale, plus vite tu deviens réidentifiable. Une femme de 90 ans dans le canton d’Uri est souvent déjà unique avec seulement deux points de données.

4. Exemples pratiques du marché suisse

Exemple 1 : une plateforme publicitaire affirme «nous partageons une démographie anonymisée»

La plateforme indique à son annonceur : «5'342 utilisateurs de la catégorie publicitaire 'passionnés de plein air' dans le canton de Zurich, âge moyen 34 ans, majoritairement des femmes (62 %).» C’est proprement agrégé — k est élevé, aucun suivi individuel n’est possible.

Exemple 2 : la plateforme affirme «anonymisé», mais transmet un profil détaillé

La plateforme indique : «ID utilisateur 8273, 34 ans, femme, Zurich Wiedikon, passionnée de plein air, a vu aujourd’hui les publicités X, Y, Z.» Malgré l’absence de nom, ceci est très probablement réidentifiable — il s’agit de pseudonymisation affublée de l’étiquette «anonyme».

Exemple 3 : véritable anonymisation avec confidentialité différentielle

La plateforme indique : «Durant la période A, la publicité X a été vue par environ 743 (±15) personnes, avec la répartition Y.» Le flou statistique rend l’ensemble anonyme même si un annonceur tente de le recouper avec d’autres sources de données.

5. Ce que tu devrais demander à une plateforme

Si une plateforme te promet une «transmission de données anonymisées», tu as droit à des réponses concrètes (p. ex. via une demande d’accès). Ces questions constituent un bon point de départ :

  1. Quelle méthodologie est utilisée ? (k-anonymat, confidentialité différentielle, agrégation simple)
  2. En cas de k-anonymat : quelle valeur de k ? (devrait être au moins 10, idéalement 50+)
  3. Quels quasi-identifiants sont affaiblis ou supprimés ? (code postal à quel niveau de précision, date de naissance à quel niveau de précision)
  4. Qui contrôle l’anonymisation ? (en interne, en externe, audit du PFPDT)
  5. Existe-t-il un test de réidentification ? (p. ex. avec des jeux de données publics)
  6. Qui peut reconstituer la clé ? (en cas d’anonymisation véritable : personne)

Une plateforme qui répond à ces questions de manière claire et concrète dispose d’un concept de données bien pensé. Une plateforme qui esquive ou se contente de répéter sa déclaration de protection des données n’en a très probablement pas.

6. Comment nous procédons chez Videte

Avec Videte, nous exploitons une plateforme publicitaire suisse basée à Berne, sur laquelle les utilisateurs sont rémunérés en CHF pour regarder de la publicité. Voici concrètement notre approche en matière d’anonymisation :

Ce que voient les annonceurs sur Videte Agrégé
Portée : «X utilisateurs ont vu ta publicité» — groupes à partir de 50 utilisateurs
Démographie : Région linguistique (DE/FR/IT) + tranche d’âge (par pas de 5 ans) + sexe
Temps : Jour/heure agrégés, aucun horodatage individuel
Jamais : ID utilisateur, IP, pseudonyme, profil de clics individuel

En tant qu’utilisateur, tu vois ton propre profil dans le tableau de bord et tu peux à tout moment l’obtenir sous forme d’export JSON via une demande d’accès. Ce que nous transmettons aux annonceurs est toujours agrégé et ne permet aucune déduction sur des personnes individuelles.

Ce n’est pas de la publicité — c’est une obligation. Et c’est le test auquel tu devrais soumettre chaque plateforme à qui tu confies tes données.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre anonymisation et pseudonymisation ?
La pseudonymisation remplace ton nom par un identifiant ; avec une clé, le lien peut être rétabli. L’anonymisation est irréversible — ton identité ne peut plus être déterminée, même avec des informations supplémentaires. Les données pseudonymisées restent soumises à la LPD, les données anonymisées non.
Qu’est-ce que le k-anonymat ?
Le k-anonymat signifie que chaque enregistrement est indiscernable d’au moins k autres enregistrements identiques. Avec k=10, au moins 10 personnes partagent donc les mêmes quasi-identifiants — une personne individuelle ne peut plus être isolée de manière univoque.
Pourquoi trois points de données suffisent-ils souvent à la réidentification ?
Des études montrent que le code postal, la date de naissance et le sexe suffisent à identifier de manière univoque 80 % à 87 % de la population dans les pays industrialisés. Même en l’absence de nom, ces 'quasi-identifiants' sont souvent uniques par combinaison — c’est pourquoi une véritable anonymisation exige davantage que la simple suppression des noms.
Si une plateforme affirme 'nous transmettons des données anonymisées à des tiers' — est-ce sûr ?
Pas automatiquement. Demande : quelle méthodologie ? K-anonymat avec quel k ? Agrégation à quel niveau ? Si la réponse reste vague, il s’agit très probablement d’une simple pseudonymisation — et tu conserves alors tes droits au titre de la LPD.
Les données anonymisées sont-elles sûres du point de vue de la protection des données ?
Les données véritablement anonymisées ne relèvent plus de la LPD (ce ne sont plus des données personnelles). MAIS : la réidentification peut redevenir possible par recoupement avec d’autres jeux de données. C’est pourquoi le PFPDT recommande des approches de confidentialité différentielle et des tests de réidentification réguliers.

Plateforme publicitaire suisse avec agrégation réelle

Siège à Berne, k-anonymat dans la transmission des données, procédure d’accès transparente.

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Résumé

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Rappel Cet article explique des concepts et ne remplace pas un conseil juridique. En cas de conflit concret : PFPDT ou avocat suisse spécialisé en protection des données. Situation au : avril 2026.
À propos de l’éditeur
Videte Marketing Solutions, Berne. Nous exploitons une plateforme publicitaire suisse et écrivons à partir de notre propre pratique technique. Nous ne sommes pas des avocats. Plus d’informations sur /a-propos.