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Analyse · Chiffres

Où va le franc publicitaire suisse — les chiffres

16 août 2026 10 min de lecture
Grands écrans publicitaires numériques sur la façade d'un immeuble
Image: Oast House Archive · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons
Une poignée de plateformes étrangères encaisse avec la publicité en Suisse à peu près autant que tout le paysage médiatique du pays réuni. Ce n'est pas une opinion, c'est ce qu'indique la statistique publicitaire. Cet article sépare rigoureusement: d'abord les chiffres documentés, ensuite ce que l'on peut en conclure — et pour finir ce que l'on ne peut expressément pas en conclure.
En bref
  • Le marché publicitaire suisse représente un bon six milliards de francs par an.
  • La perte pour les médias est la conséquence visible.
  • Un franc publicitaire versé à un groupe étranger quitte le circuit intérieur sous forme de bénéfice.
  • Dans le modèle courant aujourd'hui, l'annonceur paie la plateforme, et l'attention du public est la matière première gratuite.
Sources et méthode Tous les chiffres de marché proviennent du relevé de la Stiftung Werbestatistik Schweiz pour l'année 2024, repris dans la couverture de la SRF. Les parts des différentes plateformes sont des estimations — les groupes ne publient pas de chiffres détaillés pour la Suisse. Nous signalons tout au long du texte ce qui est un chiffre et ce qui est une conclusion. Nous exploitons nous-mêmes une plateforme publicitaire et sommes donc partie prenante; c'est pourquoi les chiffres ne viennent délibérément pas de nous.
Sommaire
  1. Les chiffres
  2. Ce que cela signifie pour une PME — pas seulement pour les médias
  3. Le circuit — et où l'argument s'arrête
  4. Un modèle publicitaire qui rend quelque chose
  5. Pas de ou bien-ou bien
  6. Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour vous?

Les chiffres

Réponse directe
Le marché publicitaire suisse représente un bon six milliards de francs par an. Sur ce total, on estime que 1,9 à 2,4 milliards reviennent aux entreprises technologiques américaines et environ 2 milliards à l'ensemble des médias suisses réunis.
Documenté · Werbestatistik Schweiz 2024
  • Recettes publicitaires totales en Suisse: un peu plus de CHF 6 milliards
  • Recettes publicitaires des entreprises technologiques américaines (Alphabet, Microsoft, Meta) en Suisse: estimées à CHF 1,9–2,4 milliards
  • Recettes publicitaires de tous les médias suisses réunis: environ CHF 2 milliards
  • Chiffre d'affaires publicitaire de la presse en 2024: CHF 652 millions — 75 % de moins que 20 ans auparavant
  • Recul de la presse pour la seule année 2024: −8 %

Lire la troisième et la deuxième ligne côte à côte en vaut la peine. Trois groupes encaissent, dans un pays de neuf millions d'habitants, à peu près autant d'argent publicitaire que tous les journaux, magazines, stations de radio et chaînes de télévision de ce pays réunis — SSR comprise.

BénéficiaireRecettes publicitaires en CH (2024)Part du marché
Plateformes technologiques américaines (estimation)CHF 1,9–2,4 mrdenviron un tiers
Tous les médias suisses réunisenviron CHF 2 mrdenviron un tiers
dont la presseCHF 652 mioun bon dixième
Autres genres et canauxReste jusqu'à CHF 6 mrdenviron un tiers

Ce que cela signifie pour une PME — pas seulement pour les médias

Réponse directe
La perte pour les médias est la conséquence visible. La conséquence pour les annonceurs est moins visible et pourtant concrète: moins de pouvoir de négociation sur le prix, la mesurabilité et l'accès aux données.

Un marché dans lequel un prestataire détient une très grande part fonctionne pour les clients autrement qu'un marché avec de nombreux prestataires. Ce n'est pas un jugement moral, c'est de la mécanique de marché:

  • Fixation des prix: qui n'a pas de véritable alternative ne négocie pas — il accepte.
  • Mesurabilité: la plateforme mesure sa propre performance et fournit l'analyse. Une contre-vérification indépendante n'existe pratiquement pas.
  • Accès aux données: les données d'audience restent chez la plateforme. Si tu changes, tu n'emportes rien.
  • Risque de concentration: un changement d'algorithme peut transformer un modèle d'affaires du jour au lendemain — les éditeurs et les commerçants l'ont vécu à plusieurs reprises.

Comment cela se traduit en prix concrets pour mille contacts, le comparatif CPM Suisse le calcule; ce qui s'en perd en gaspillage publicitaire figure dans Mesurer le gaspillage publicitaire.

Le circuit — et où l'argument s'arrête

Réponse directe
Un franc publicitaire versé à un groupe étranger quitte le circuit intérieur sous forme de bénéfice. Un franc versé à un média suisse ou à des utilisateurs suisses y reste pour l'instant. C'est une réorientation de pouvoir d'achat — pas une création de valeur.
Conclusion, pas mesure La section suivante est notre interprétation des chiffres documentés ci-dessus. Elle repose sur une plausibilité économique, pas sur une étude macroéconomique du marché publicitaire suisse. Qui la lit comme une preuve la lit mal.

L'argumentation est simple: si une entreprise de peinture bernoise paie CHF 2'000 à une plateforme étrangère, le groupe en comptabilise un bénéfice qui, pour l'essentiel, ne reste pas en Suisse. Si la même entreprise paie CHF 2'000 à une plateforme suisse qui en reverse la majeure partie à des utilisatrices et utilisateurs suisses, l'argent atterrit chez des ménages qui le dépensent en grande partie dans le pays.

Et voici l'objection que nous livrons nous-mêmes, parce qu'elle est fondée:

Le contre-argument le plus fort Le pouvoir d'achat serait aussi resté dans le pays sans une telle plateforme — l'entreprise de peinture aurait simplement dépensé les CHF 2'000 autrement. Ce qui se passe ici est une redistribution à l'intérieur du circuit, pas une valeur nouvellement créée. L'effet réside dans la part qui serait sinon partie sous forme de bénéfice de groupe — et l'ampleur réelle de cette part ne peut pas être chiffrée sérieusement avec les chiffres accessibles au public.

Qui surévalue l'argument le rend attaquable. Dans sa version honnête, il reste néanmoins fort: avec un tiers d'un marché de six milliards, il ne s'agit pas d'erreurs d'arrondi.

Un modèle publicitaire qui rend quelque chose

Réponse directe
Dans le modèle courant aujourd'hui, l'annonceur paie la plateforme, et l'attention du public est la matière première gratuite. Cela fonctionne aussi dans l'autre sens: l'attention est rémunérée, et la plateforme ne garde qu'une marge.

La différence n'est pas une nuance marketing, mais une autre répartition de la même somme:

Modèle de plateforme courantAttention rémunérée
Qui paiel'annonceurl'annonceur
Qui fournit l'attentionle publicle public
Qui est payé pour celala plateformele public
D'où viennent les données d'audiencetracking comportementalprofil déclaré soi-même
Où atterrit la margemajoritairement à l'étrangerdans le pays

Chez Videte, 95 pour cent de la rémunération vont à la personne qui regarde le spot, 5 pour cent restent à la plateforme. Un annonceur paie CHF 158 pour mille vues vérifiées de 30 secondes — dont environ CHF 150 aux utilisatrices et utilisateurs suisses. La mécanique en détail figure dans Gagner de l'argent en regardant de la publicité, le point de vue des annonceurs sur la page pour les entreprises.

Vérifiable · Mécanique de la plateforme Les deux bénéficiaires se trouvent en Suisse. Les 95 pour cent vont aux utilisatrices et utilisateurs avec versement sur un compte suisse, les 5 pour cent à une plateforme dont le siège est à Berne. Sur la rémunération elle-même, il n'y a aucune part qui parte à l'étranger sous forme de bénéfice de groupe.
La limite précise Nous n'écrivons délibérément pas «100 pour cent restent en Suisse», bien que ce soit exact pour le montant publicitaire. Car comme toute entreprise, nous achetons nous aussi certaines prestations à l'étranger — par exemple lorsqu'un versement passe par un service de paiement international. Cela concerne une fraction de la marge de plateforme de 5 pour cent, jamais les 95 pour cent qui arrivent chez les utilisateurs. Cette distinction fait la différence entre une affirmation qui tient et un slogan que l'on peut réfuter.

Le cas qui inverse la direction

Jusqu'ici, il s'agissait d'éviter une fuite. Mais il existe aussi la direction inverse: si une entreprise étrangère réserve de l'attention suisse — par exemple un commerçant allemand qui veut atteindre une clientèle suisse — alors de l'argent étranger entre en Suisse et revient à 95 pour cent aux ménages suisses.

Économiquement, ce n'est plus un achat publicitaire, mais une exportation: ce qui est vendu, c'est de l'attention suisse, le paiement vient de l'étranger, le produit reste dans le pays. C'est exactement ce que font aujourd'hui les grandes plateformes, avec le signe inverse — elles vendent de la portée suisse et comptabilisent le produit ailleurs.

Pas encore une preuve, mais une possibilité Cette direction inverse est prévue mécaniquement, mais elle n'est aujourd'hui pas un poste significatif. Elle ne jouerait un rôle que si des annonceurs étrangers achetaient en nombre pertinent de la portée suisse via une plateforme suisse. Nous décrivons ici ce que le modèle rend possible — pas ce qu'il produit déjà.
Ordre de grandeur honnête Videte est infime par rapport aux milliards cités ci-dessus et le restera dans un avenir prévisible. Qui lit cet article comme l'affirmation que nous changerions le marché publicitaire suisse y lit trop. Il s'agit du principe et du fait qu'il existe tout simplement une option nationale.

Pas de ou bien-ou bien

Réponse directe
Les grandes plateformes fournissent une portée et des outils qu'aucun petit prestataire ne remplace. La question pertinente n'est pas «quitter Google», mais: quelle part de votre budget se trouve chez un seul prestataire, et que se passe-t-il si ses conditions changent?

Un plan média qui repose à 100 pour cent sur un seul canal est un risque, quel que soit le prestataire. Qui place dix ou vingt pour cent sur un deuxième canal s'achète de la comparabilité — et découvre au passage ce que vaut réellement le canal principal. Que ce deuxième canal laisse la marge dans le pays est alors un avantage supplémentaire, pas une fin en soi.

Faire la comparaison avec une petite mise

Réserver de la publicité auprès d'une plateforme suisse dont le siège est à Berne: CHF 158 CPM pour de l'attention vérifiée de 30 secondes, conforme à la LPD, hébergement en Suisse, modèle à crédit sans contrat.

Vers la page pour les entreprises

Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour vous?

Prenez votre dernier plan média annuel et répondez à trois questions: quel pourcentage se trouve chez un seul prestataire? Quelle part de ce montant reste à l'étranger sous forme de marge? Et d'où savez-vous que la performance annoncée est exacte — sinon du prestataire qui l'annonce?

Qui peut répondre aux trois questions a un bon plan média. Qui bute sur la troisième a trouvé le véritable problème — et celui-ci n'a d'abord rien à voir avec les frontières nationales.

Questions fréquentes

Quelle est la taille du marché publicitaire suisse?
Les recettes publicitaires en Suisse s'élèvent à un peu plus de six milliards de francs par an. Le chiffre provient du relevé de la Fondation Statistique Suisse en Publicité pour 2024 et couvre tous les genres de médias, de la presse à la télévision en passant par le online.
Quelle part va aux plateformes américaines?
Selon les estimations, les entreprises technologiques américaines comme Alphabet, Microsoft et Meta génèrent avec leurs plateformes des recettes publicitaires comprises entre 1,9 et 2,4 milliards de francs en Suisse. L'ensemble des médias suisses réunis atteignent environ 2 milliards. Autrement dit: une poignée de plateformes étrangères encaisse en Suisse à peu près autant, voire plus, que tout le paysage médiatique du pays.
Cela ne concerne-t-il que les médias ou aussi les PME?
Les deux, mais différemment. Les médias perdent directement les recettes. Pour les PME, la conséquence est indirecte: plus la part d'une plateforme sur le marché est grande, moins les annonceurs ont de pouvoir de négociation sur le prix, la mesurabilité et l'accès aux données. Qui n'a qu'un seul canal en accepte les conditions.
L'argent reste-t-il en Suisse si je réserve auprès d'une plateforme suisse?
Le franc reste au moins dans le circuit intérieur au lieu de partir sous forme de bénéfice de groupe. Que cela produise un effet macroéconomique mesurable n'est toutefois pas démontré pour autant — c'est une réorientation de pouvoir d'achat, pas une création de valeur. Qui affirme autre chose surévalue les données disponibles.
Dans quelle mesure la presse est-elle touchée?
La presse a encore réalisé en 2024 un chiffre d'affaires publicitaire de 652 millions de francs — 75 pour cent de moins que 20 ans auparavant. Pour la seule année 2024, le recul a été de 8 pour cent.
Est-ce que vraiment 100 pour cent de l'argent reste en Suisse?
La totalité de la rémunération publicitaire va à des bénéficiaires suisses: 95 pour cent aux utilisatrices et utilisateurs avec versement sur un compte suisse, 5 pour cent à la plateforme dont le siège est à Berne. Aucune part n'est un bénéfice de groupe qui part à l'étranger. Comme toute entreprise, la plateforme achète toutefois certaines prestations à l'étranger, par exemple pour le traitement des paiements — cela concerne une fraction de la marge de 5 pour cent, jamais les 95 pour cent.
Le modèle peut-il aussi faire entrer de l'argent en Suisse?
Oui, mécaniquement. Si une entreprise étrangère réserve de l'attention suisse, elle paie depuis l'étranger et le produit revient à 95 pour cent aux ménages suisses. Économiquement, c'est une exportation d'attention. Aujourd'hui, ce n'est toutefois pas un poste significatif, mais une possibilité du modèle.
Est-ce un argument contre la publicité Google?
Non. Les grandes plateformes fournissent une portée et des outils qu'aucun petit prestataire ne remplace. L'argument n'est pas un ou bien-ou bien, mais: un seul canal est un risque de concentration, et la question de savoir où atterrit la marge a sa place dans la planification média comme toute autre question de coûts.

Pour aller plus loin

Rappel Chiffres de marché: Fondation Statistique Suisse en Publicité, année de relevé 2024, repris par la SRF. Les parts des plateformes sont des estimations, les groupes ne publiant pas de chiffres détaillés pour la Suisse. Les sections sur le circuit sont signalées comme des conclusions et ne constituent expressément pas une mesure macroéconomique. État: août 2026.
À propos de l'éditeur
Cet article a été publié par Videte Marketing Solutions. Propriétaire de la plateforme: Muaz Arnaut, Berne. En savoir plus sur nous sur /a-propos.
Nous exploitons nous-mêmes une plateforme publicitaire suisse et avons un intérêt dans ce sujet. C'est pourquoi tous les chiffres de marché proviennent de sources indépendantes, et chaque conclusion qui nous est propre est signalée comme telle dans le texte.